Le 8 septembre 2026, l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) a publié les résultats de l’étude internationale PISA 2025.
L’étude, qui portait cette fois principalement sur les sciences naturelles, fait état d’un recul des compétences des élèves de 15 ans dans de nombreux pays, notamment en Europe. Le Luxembourg ne fait pas exception à cette tendance internationale : les résultats dans les trois domaines sciences naturelles, mathématiques et compréhension de l’écrit (lecture) ont considérablement baissé par rapport à 2018.
L’étude met néanmoins également en évidence des résultats positifs : les élèves présentent des performances relativement bonnes dans le domaine du Computational Problem Solving, et la corrélation entre les performances et le statut migratoire des élèves a significativement diminué par rapport aux éditions PISA précédentes.
Cependant, le recul marqué des compétences relatives à la compréhension de l’écrit est particulièrement préoccupant, celles-ci constituant le fondement de l’apprentissage, de la compréhension des informations, de leur analyse critique et de la formation d’une opinion personnelle.
« La lecture n’est pas simplement une compétence parmi tant d’autres », a déclaré le ministre de l’Éducation nationale, de l’Enfance et de la Jeunesse, Claude Meisch. « L’utilisation excessive des smartphones et des réseaux sociaux a une fois de plus un impact négatif sur les habitudes de lecture des jeunes. Alors que nos jeunes ont grandi dans un monde numérique et passent beaucoup de temps sur leurs smartphones, la manière dont ils accèdent aux informations et les traitent a changé. Nous devons ensemble trouver les moyens de redonner aux jeunes la capacité et l’envie de traiter de manière approfondie des textes plus longs et plus complexes. Nous devons aussi soutenir les familles dans leurs efforts de transmettre aux enfants, depuis le plus jeune âge, le goût et la valeur de la lecture. »
Selon l’OCDE, le recul des compétences en compréhension écrite s’explique par une combinaison de différents facteurs, parmi lesquels figure un lien direct avec l’utilisation des médias numériques et des smartphones. Pour le Luxembourg, la situation linguistique complexe constitue un facteur supplémentaire.
Un recul que le Luxembourg partage avec de nombreux pays
Dans le domaine de test principal, les sciences naturelles, le Luxembourg, avec 474 points, se situe dans le classement général en dessous de la moyenne de l’OCDE (482 points) et légèrement en dessous de la moyenne de l’UE (476 points). Comme dans de nombreux autres pays, les résultats au Luxembourg ont nettement baissé dans les trois domaines évalués par rapport à 2018 : en sciences naturelles, de 477 points en 2018 à 474 points en 2025 ; en mathématiques, de 483 points en 2018 à 458 points en 2025 ; et en compréhension de l’écrit (lecture), de 470 points en 2018 à 443 points en 2025.
Parallèlement, la proportion d’élèves au Luxembourg se situant en dessous du niveau de compétence 2 dans ces trois domaines d’évaluation est en augmentation. Ce niveau correspond au seuil de compétence nécessaire aux élèves pour participer pleinement à la vie en société. En sciences naturelles, la proportion de ces élèves au Luxembourg s’élève à 32 %, contre 26 % en moyenne au sein de l’OCDE ; en mathématiques, elle est de 37 %, contre 35 % en moyenne à l’OCDE, et en compréhension de l’écrit, elle atteint 38 %, contre 31 % en moyenne à l’OCDE.
Cette évolution globalement négative doit être prise très au sérieux. Elle indique que le renforcement des compétences de base reste une mission centrale du système éducatif luxembourgeois.
Des défis connus et de nouveaux enjeux pour le Luxembourg
La compréhension de l’écrit : le défi central
Le recul de la compréhension de l’écrit, c'est-à-dire la capacité à comprendre, analyser et interpréter différents types de textes, est particulièrement marqué. Le Luxembourg a enregistré une baisse de 27 points (passant de 470 points en 2018 à 443 points en 2025), ce qui correspond à un retard de plus d’une année scolaire. Dans de nombreux autres pays également, les compétences en compréhension de l’écrit ont diminué de manière significative.
Les résultats PISA mettent également en évidence un changement important dans les habitudes de lecture. Les jeunes d’aujourd’hui lisent plus rapidement et de plus en plus dans un environnement numérique, mais ils ont davantage de difficultés à traiter des textes complexes de manière approfondie et pendant un laps de temps prolongé.
- Le renforcement des compétences en compréhension de l’écrit (lecture) constitue donc une priorité absolue. Au cours de l’année scolaire 2026/2027, le ministère échangera avec l’ensemble des partenaires éducatifs afin d’élaborer un plan d’action national visant à promouvoir et à développer de manière ciblée les compétences fondamentales en lecture dès le plus jeune âge, tant à l’école qu’à la maison.
L’influence des médias numériques sur les performances scolaires
L’étude PISA fournit également des enseignements importants sur l’impact des médias numériques sur la scolarité. Une utilisation excessive des appareils numériques pendant le temps libre entraîne de moins bonnes performances. Les élèves qui se laissent distraire par des appareils numériques en classe obtiennent en moyenne de moins bons résultats.
Ces résultats soulignent donc l’importance d’une politique claire et cohérente concernant l’utilisation des appareils numériques à l’école. L’objectif n’est pas de bannir les technologies numériques du système éducatif. Il s’agit plutôt de trouver un juste équilibre, tel que préconisé dans la campagne Screen-Life-Balance du ministère, et de passer d’une approche principalement centrée sur la consommation à une utilisation adaptée à l’âge, critique et pertinente sur le plan pédagogique.
- Les mesures mises en place par le Luxembourg en matière de réglementation des smartphones à l’école vont dans ce sens.
- Au vu des résultats de l’étude PISA, le ministre de l’Éducation nationale, de l’Enfance et de la Jeunesse propose d’instaurer une interdiction générale des smartphones dans les classes inférieures du secondaire et discutera de cette mesure avec l’ensemble des partenaires éducatifs. D’autres mesures pourront également être envisagées.
- Le ministère continuera d’assumer ses responsabilités et d’investir dans la sensibilisation des jeunes à une utilisation responsable et critique des smartphones et des réseaux sociaux.
PISA montre en outre que l’intelligence artificielle a déjà fait son entrée dans le quotidien scolaire des jeunes. Il est donc essentiel que les élèves apprennent à utiliser l’IA de manière à ce qu’elle favorise leur propre réflexion et leur apprentissage, plutôt que de les remplacer.
- Avec le « KI Kompass », le ministère a mis à la disposition des établissements scolaires en 2025 un document de référence qui favorise cette approche grâce à un cadre pédagogique ainsi qu’à des outils spécifiques pour une utilisation de l’IA adaptée à l’âge des élèves. Ce plan d’action prévoit une intégration progressive de l’IA dans l’enseignement, en fonction de l’âge et de la maturité numérique des élèves. Les élèves doivent d’abord apprendre à penser par eux-mêmes, puis à comprendre le fonctionnement de l’IA, et enfin à l’utiliser de manière responsable, critique et créative.
Les écarts de performances liés au milieu social restent très marqués
Comme lors des précédentes éditions de l’étude PISA, les écarts de performances entre les élèves issus de milieux socio-économiques favorisés et défavorisés restent particulièrement importants au Luxembourg. Dans le principal domaine de test, les sciences naturelles, cet écart s’élève à 130 points en faveur des élèves issus de milieux socio-économiques favorisés, contre 85 points en moyenne à l’OCDE et 89 points en moyenne dans l’UE.
- La réduction de l’impact des inégalités sociales dans le système scolaire reste une priorité. Des efforts supplémentaires seront déployés pour apporter un soutien plus ciblé aux élèves issus de milieux socio-économiques défavorisés.
- Dans l’enseignement fondamental, en concertation avec les partenaires éducatifs et les experts de l’OCDE, une analyse approfondie sera menée sur la mise en œuvre et l’utilisation du contingent de leçons.
- Dans l’enseignement secondaire, la future réforme de la voie de préparation placera les élèves et leurs compétences au centre, tiendra davantage compte de leur situation linguistique, favorisera les compétences de vie (« Life skills ») et renforcera les compétences socio-émotionnelles.
Le multilinguisme et la diversité de la population scolaire
Avec un taux de 64,6 % d’élèves issus d’un contexte migratoire, le Luxembourg se trouve dans une situation unique au sein de l’OCDE.
Le multilinguisme reste donc un défi majeur pour notre système éducatif. L'étude PISA montre à quel point il est important de permettre aux élèves d’acquérir les prérequis linguistiques indispensables à la réussite de leurs apprentissages.
La tendance observée dans le choix de la langue des questionnaires PISA est particulièrement intéressante : la proportion d’élèves ayant choisi le français comme langue d’épreuve s’élevait à 42,2 % en 2025, contre 31,2 % en 2018. Cela montre que le français correspond davantage à la réalité quotidienne de nombreux élèves, même s’ils n’ont pas nécessairement suivi leur parcours scolaire en français.
- La réforme « ALPHA – zesumme wuessen », qui permettra aux parents de choisir dès 2027 la langue d’alphabétisation (allemand ou français) pour leur enfant à l’école fondamentale luxembourgeoise, revêt une importance particulière dans ce contexte : elle tiendra mieux compte du profil linguistique de nombreux enfants et contribuera ainsi à une plus grande équité des chances au sein du système éducatif.
- Cette tendance confirme la pertinence des investissements réalisés ces dernières années pour proposer une offre plus flexible en matière de langues d’enseignement et d’adapter l’école à la réalité linguistique de ses élèves, que ce soit par la mise en place des écoles européennes publiques ou par l’élargissement de l’offre proposant le français comme langue d’enseignement au niveau secondaire.
L’importance de la relation entre élèves et enseignants
Outre les résultats en matière de compétences, PISA fournit également des informations sur les expériences personnelles des jeunes à l’école. Celles-ci se rapportent aux appréciations des élèves dans le domaine principal des sciences naturelles.
Un point positif pour le Luxembourg est que les élèves des écoles luxembourgeoises estiment qu’il est possible de progresser grâce à l’apprentissage et à l’effort (Growth mindset), et que les écoles sont des lieux où beaucoup d’entre eux se sentent à l’aise. En revanche, la persévérance, la capacité à se fixer ses propres objectifs d’apprentissage et la perception de l’école comme une véritable chance pour la vie sont jugées de manière plus critique.
Le programme PISA indique également que la relation entre les élèves et les enseignants est un facteur important de réussite scolaire.
- Renforcer les enseignants dans leur rôle est une priorité du ministère. Le rôle de l’enseignant, la vision globale de l’élève, le soutien aux enseignants, le travail d’équipe et la formation seront analysés et discutés dans le cadre d’échanges avec les syndicats d’enseignants.
Le rôle central du soutien familial
Les résultats de l’étude PISA montrent également que les familles jouent un rôle essentiel. L'intérêt que portent les parents à la vie scolaire et le soutien qu'ils apportent à la maison contribuent à la réussite scolaire. La collaboration entre l’école et les parents est donc un facteur clé pour parvenir à une plus grande équité des chances.
- En collaboration avec l'ensemble des acteurs du secteur de l'éducation, et en particulier avec la Représentation nationale des parents, le ministère analysera comment l’école peut davantage impliquer les parents, encourager leur participation et comment les parents peuvent influencer positivement le développement de leurs enfants dès leur plus jeune âge, par exemple en leur faisant la lecture.
Des résultats positifs pour le Luxembourg dans deux domaines
De bons résultats en Computational Problem Solving
Une nouveauté de cette étude PISA était le volet Learning in the Digital World axé sur le Computational Problem Solving. Avec 506 points, le Luxembourg se situe au-dessus de la moyenne de l’OCDE (500 points) et de l’UE (492 points). Ce résultat positif s’inscrit dans la lignée de la dernière étude ICILS de 2023, dans laquelle le Luxembourg s’est nettement amélioré en matière de Computational Thinking par rapport à 2018. Cela confirme ainsi les efforts déployés ces dernières années pour ancrer davantage, et dès le plus jeune âge, le Coding, les Digital Sciences et la pensée computationnelle dans le système éducatif.
Les élèves avec origine migratoire mieux intégrés dans le système
Avec 64,6 %, le Luxembourg présente, en comparaison internationale, une proportion particulièrement élevée d’élèves issus d’un contexte migratoire. Lors des précédentes études PISA, une corrélation particulièrement forte avait été constatée entre les performances des élèves et le statut migratoire. Dans PISA 2025, ce lien s’est considérablement atténué. Les efforts déployés ces dernières années pour diversifier l’offre scolaire et l’adapter aux réalités linguistiques des élèves portent ainsi leurs fruits.
Les résultats de PISA 2025 montrent également que le contexte migratoire n’est plus le facteur déterminant en ce qui concerne les compétences des élèves. Le milieu socio-économique joue un rôle de plus en plus central. Les données révèlent par ailleurs un lien entre un milieu socio-économique défavorisé et l’impact négatif de l’utilisation des smartphones et des médias numériques.
Il s’agit là d’un constat important pour l’orientation de la politique éducative.
- Avec des initiatives telles que la campagne « Screen-Life-Balance » et des recommandations visant à passer davantage de temps sans écran en famille et pendant les loisirs, le ministère a pris au sérieux sa responsabilité de lutter contre les conséquences négatives d’une consommation excessive des écrans. Ces efforts seront poursuivis avec détermination.
Conclusions et perspectives d’évolution
PISA 2025 indique clairement que les évolutions sociétales de ces dernières années ont une forte influence sur les écoles. Le ministère analysera les principaux résultats de PISA en collaboration avec les partenaires du système éducatif et discutera de la manière dont l’école luxembourgeoise peut y répondre.
Au vu des résultats de PISA 2025, il apparaît d’ores et déjà clairement que de nouvelles mesures visant à limiter l’utilisation des smartphones et un plan d’action global visant à promouvoir les compétences en compréhension de l’écrit (lecture) à tous les âges seront au cœur de ces réflexions.